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3 jours au Festival de jazz d’Oslo : ce que nous avons à apprendre de leur modèle

La question de la culture, et plus spécifiquement des festivals à Montréal est un hot topic depuis maintenant plusieurs années. Montréal est une métropole culturelle qui accueille des festivals de classe mondiale, mais souvent de peine et de misère.

Les défis sont multiples et touchent plusieurs sphères : les budgets toujours plus minces pour des programmations qui doivent faire toujours plus de bruit, la capacité d’accueil, le maintien des infrastructures, l’attraction des jeunes publics, etc.

Ces enjeux nous amènent inévitablement à questionner notre modèle et à nous demander comment l’améliorer. Pour moi, une partie de la réponse passe par l’observation de ce qui se fait ailleurs dans le monde.

J’ai passé trois jours au Festival de jazz d’Oslo et y ai remarqué trois éléments intéressants qui pourraient offrir des pistes de solution à certains des enjeux auxquels nous faisons face ici, à Montréal.

1. LES COÛTS DE PROGRAMMATION

J’ai souvent entendu qu’un des défis majeurs et d’assurer une programmation WOW qui est attractive, fait du bruit dans les médias et résonne avec un grand nombre de festivaliers, mais avec des budgets très restreint. Évidemment, avoir Tate Mcrae sur l’Île Sainte-Hélène est attractif, mais à quel prix!

J’ai remarqué qu’à Oslo, quelques événements payants mettaient en vedette des artistes plus connus, mais la grande majorité de la programmation était composé d’artistes très émergent, voir des artistes encore dans les écoles d’arts.

Pour moi, le bénéfice est double : offrir une programmation très vaste à moindre coût, tout en contribuant directement à la relève artistique. Mettre de jeunes artistes cool et trendy à l’avant-scène donne envie de s’intéresser à la musique, autant comme public que comme musicien. Et pour les jeunes artiste à peine sorti des écoles d’art, jouer sur une scène d’un festival d’envergure internationale représente une occasion assez exceptionnelle. 

2. IMPLICATION DES COMMERCES LOCAUX

La question de l’implication des commerces locaux, bars et restaurants, qui bénéficient directement de l’achalandage des événements et festivals, est souvent soulevée. L’idée d’exiger une contribution monétaire de ces commerces n’est pas nouvelle, mais elle est certainement complexe.

Ce que j’ai vu à Oslo, c’est plutôt la tenue de spectacles directement dans ces commerces. Évidemment, il faut garder en tête qu’Oslo n’a pas la chance d’avoir ce que nous avons : un Quartier des spectacles et une place des Festivals en plein centre-ville. Il faut le dire, c’est assez impressionnant.

Faute de cet actif unique, Oslo étend la programmation de son Festival de jazz à travers les bars et restaurants qui veulent bien y participer. La grande majorité des spectacles auxquels j’ai assisté se tenaient d’ailleurs dans des bars. Verre de vin à la main, j’étais collée à une foule de jeunes Norvégiens qui dansaient, discutaient et buvaient une bière sur fond d’improvisation jazz.

En parlant avec le propriétaire d’un de ces bars, j’ai compris qu’il collaborait depuis maintenant trois ans avec le Festival. Le deal est assez simple : le bar s’occupe de la sécurité, des installations (amplis, haut-parleurs, scène, etc.) et de l’accueil, en échange d’une soirée très, très, très payante.

Le concept n’est rien de nouveau, mais certainement efficace : impliquer les commerces locaux dans la tenue d’ événements et, par le fait même, leur donner de la visibilité, tout en mettant le jazz en contact direct avec une crowd jeune qui peut siroter du vin nature en apprenant à l’apprécier. Win-win-win.

Ce concept permet également de répondre à un autre enjeu : la décentralisation. 

3. CAPACITÉ D’ACCUEIL ET DÉCENTRALISATION

La capacité d’accueil devient elle aussi un enjeu. Cette année, plus de 100 000 personnes sont venues voir Angine de Poitrine au Festival de jazz de Montréal. Ça fait du monde concentré sur la place des Festivals!

Ce que j’ai vu à Oslo, c’est une répartition des publics partout à travers la ville, notamment grâce aux commerces locaux, mais également dans les parcs et les places publiques.

Encore une fois, Oslo n’a pas de Quartier des spectacles. Il est donc inévitable de se servir d’autres types d’espaces pour accueillir ce genre d’événements, mais c’est souvent sous la contrainte que les meilleures idées émergent, et certains bénéfices de leur approche valent la peine d’être mentionnés.

D’abord, c’est l’ensemble de la ville qui était animé par le festival. Peu importe où je me promenais, j’entendais de la musique, et ce, à toute heure de la journée. Dans un terre-plein qui sépare une rue piétonne, dans un grand parc vert, dans des ruelles éloignées du centre où se concentrent de petits bars locaux, etc.

Ensuite, peu importe le quartier, il y avait des événements. Pour un touriste, ça permet de profiter des spectacles tout en visitant différents coins de la ville. Pour un résident, c’est un incitatif fort que de pouvoir aller au bar du coin pour entendre un groupe obscur de jazz-métal (surprenant comme spectacle, je vous le dis!).

Je comprends que faire jouer Angine de Poitrine au Quai des Brumes ou au Square Victoria n’est pas une solution viable pour répondre à l’enjeu de capacité d’accueil, mais il y a quelque chose à explorer là quand même…

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Pour terminer, je dois dire que mes trois jours au Festival de jazz d’Oslo m’ont aussi fait réaliser à quel point notre place des Festivals est unique. C’est quand même fou de pouvoir accueillir 100 000 personnes au beau milieu de la ville pour un spectacle gratuit.

Mais ce séjour m’a aussi rappelé qu’on a beaucoup à apprendre de ce qui se fait ailleurs. Certaines idées observées à Oslo m’apparaissent relativement simples à mettre en place, du moins en théorie (il ne faut jamais sous-estimer les contraintes administratives et municipales!), et pourraient contribuer à rendre nos festivals plus accessibles, plus vivants et, peut-être même, moins chers.

Dans tous les cas, peu importe la ville, le festival urbain reste une expérience assez unique où pendant quelques jours, la ville change de rythme, les gens sortent, se croisent et occupent l’espace autrement.

Longue vie aux festivals!